Free Web Hosting Provider - Web Hosting - E-commerce - High Speed Internet - Free Web Page
Search the Web

Demain, les chats ?

SOURCE: Le soir illustré (Cl. Coljon)
http://www.soirillustre.be/3431chats.html

Indépendant, propre et discret, le chat investit nos foyers. À cause de son incroyable fécondité, il risque de l'emporter sur le chien, qui nécessite un accompagnement constant, qui encombre plus la famille... et salit les trottoirs de nos villes. Alors, demain les chats?

La France recense huit millions de félins miaulant au clair de lune. Soit trois familles réveillées par le minou du voisin! Les Britanniques ont adopté 7,5 millions de chats. Un million d'entre eux n'ont pas été opérés. Ce qui fait dire à la Ligue britannique de protection des chats que, d'ici l'an 2010, l'île pourrait être envahie par sept millions de chats errants si les matous ne sont pas châtrés dans les plus brefs délais! Il faut savoir en effet qu'une seule chatte peut avoir 20.000 descendants en cinq ans. Faites vos comptes...

Quant aux Belges, ils adorent les animaux de compagnie: un ménage sur deux en possède au moins un. Un taux de possession parmi les plus élevés d'Europe... ce qui signifie 1.750.000 chiens et 1.600.000 chats en 1996. Lesquels chats ne sont que très peu à porter pedigree et à être tatoués, 20 à 25% à être vus par le vétérinaire et 30 à 50.000 à être abandonnés chaque année dans les refuges. Chiffre navrant: 80% d'entre eux seront euthanasiés. Leur grand âge n'en faisant pas des candidats crédibles à l'adoption.

Mais, pourquoi de plus en plus d'animaux dans nos maisons? Selon les sociologues, un tel engouement pour l'animal de compagnie résulterait de la modification de la structure des familles, de la concentration des populations dans les villes avec, pour conséquences, l'insécurité, la solitude et la perte de contact avec la nature. Au secours, minou! "Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux"...

Exception faite du gîte, du couvert (et des caresses), quel intérêt cet animal - domestiqué plus de 10.000 ans après le chien! -, a-t-il à vivre en compagnie des hommes? Réponse du professeur Giffroy, vétérinaire et enseignant l'éthologie en médecine vétérinaire aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur.

- Considéré jadis, par les éthologistes de terrain, comme un animal solitaire, le chat peut très bien s'accommoder d'une vie sociale. Des études menées depuis une quinzaine d'années sur des chats redevenus sauvages montrent qu'ils ne détestent pas la vie en groupe. En fait, des matriarcats autour desquels gravitent les mâles se sont installés dans les fermes, les jardins publics ou se sont organisés dans les locaux plus exigus des refuges. Qu'ils vivent à Rome ou dans les villages japonais, leur concentration dépend de la richesse des sources de nourriture. Des nids de souris aux rangées de sacs-poubelle en passant par les dames qui leur offrent les restes de leur dîner, comme les généreuses mamma gatti de Venise.

S'il ne s'entraident pas autant que les chiens ou les loups, les chats sont donc capables d'être sociables avec leurs pairs. Il n'est alors guère étonnant qu'ils se rapprochent de l'homme et, de la même façon qu'ils se sont intégrés dans un groupe de chats, qu'ils acceptent de vivre dans un groupe humain. Surtout lorsque les contacts se sont faits dès l'âge le plus tendre - entre la deuxième et la septième semaine du chaton. "Retiens les griffes de ta patte"

Inversement, quel avantage trouve l'humain à partager une quinzaine d'années de vie avec un chat?

- Les recherches biomédicales et sociologiques menées sur l'animal de compagnie concernent surtout le chien. Mais je pense qu'elles peuvent s'élargir au chat. On a constaté que, même aussi passif qu'un poisson rouge tournant dans son bocal, l'animal est un facteur réducteur de stress. Parce que sa présence fait se ralentir le rythme du coeur et baisser la pression artérielle, il permet aussi au cardiaque de vivre plus longuement. Il a un effet antidépresseur sur le malade et, comme il oblige son propriétaire à installer des routines (heure des repas, temps de la promenade...), il lui assure une belle longévité. Ne fumez pas et soyez aussi régulier qu'un moine, vous verrez comme vous vivrez vieux!.

Sérieusement, l'animal de compagnie joue également un rôle social. S'occuper d'un être vivant change le faciès de la personne qui le fait. Et cela facilite les contacts avec les autres. Un exemple de ce jeu de séduction? Pourquoi pensez-vous que les campagnes électorales sont émaillées de politiciens se faisant photographier qui avec ses chiens, qui avec ses chats? L'animal est aussi un facteur de sécurisation physique (le chien de garde surtout) et moral. Il comble chez les gens, de plus en plus seuls, ce besoin d'aimer et d'être reconnu. Dans les villes, il permet aussi de reprendre contact avec la nature.

"Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux"

Vivre avec un chat réussit aux bien portants. Peut-il avoir autant d'effets bénéfiques sur la santé et sur l'équilibre émotionnel de ceux qui sont malades?

- Les chiens, les oiseaux et les dauphins ont été utilisés pour traiter des autistes. En milieu psychiatrique, des chiens ont contribué à l'amélioration des psychotiques et des schizophrènes. Monter à cheval est bénéfique pour certains handicapés physiques et mentaux. Aux États-Unis, les détenus d'une prison ont été autorisés à accueillir et adopter les chats errants autour du pénitencier. Ils sont devenus un lien positif entre le monde carcéral et l'extérieur, ont redonné goût à la vie à ceux qui étaient à la limite de la dépression. Les effets de la présence d'animaux en hôpital gériatrique ont aussi fait l'objet de recherches. On a constaté des augmentations significatives de l'activité physique, du bien-être émotionnel (nombre de rires et de sourires) et une amélioration des relations entre les vieillards, les autres patients et le personnel.

Ou pourrait conclure en disant que la thérapie facilitée par l'animal (ou zoothérapie) - qui ne peut en aucun cas remplacer les soins et n'est ni une panacée ni un must! - peut aider ceux qui, comme les autistes, ont des troubles de la communication ou souffrent de leur solitude, les déprimés et les stressés, les handicapés moteurs et sensoriels. Ils peuvent aussi apporter leur aide à ceux qui ont des problèmes cardiovasculaires, les convalescents (après une grave intervention chirurgicale), les malades en phase terminale.

Prudence toutefois! Les animaux agressifs seront proscrits, de même que ceux qui risquent de transmettre des maladies (la teigne, par exemple), de réveiller les allergies ou de compromettre l'hygiène générale.

"Mêlés de métal et d'agate" (*)

Satisfait de vivre avec l'homme, le chat peut parfois en être malheureux. Et le signaler de façon très désagréable, voire bien plus cuisante.

- Nous avons humanisé l'animal. Nous le glissons dans notre lit (80% des Français interrogés), lui parlons comme s'il était une personne (79% d'Américains sondés par les études), lui confions nos secrets (26%), le considérons comme un membre de la famille (98%) et n'oublions pas son gâteau d'anniversaire (41%)! Dans la foulée, nous le croyons capable de penser, de raisonner, d'être moral et responsable... et oublions de l'éduquer. Avec fermeté si nécessaire. Pas étonnant, dès lors, que l'animal perde ses repères et présente de plus en plus des troubles du comportement.

Le trouble le plus courant est l'agressivité. Une étude épidémiologique réalisée à Lyon auprès de 100.000 propriétaires d'animaux à révélé entre 3.400 et 8.600 morsures. La plupart dirigées envers des membres de la famille avec une prédilection pour les garçons de moins de 9 ans! Minou griffe et mord, d'accord, mais présente nettement moins de problèmes que le chien. Il est rare que voisins ou passants se plaignent des miaulements incessants d'un chat laissé seul, de son agressivité, des nuisances qu'il occasionne à l'environnement. Quoi qu'il en soit, n'oubliez pas que, comme propriétaire ou gardien (si vous nourrissez les chats errants), vous êtes civilement responsable de votre animal. Reste donc à être assuré et à posséder (ce qu'exige d'ailleurs la loi) une assurance responsabilité civile, appelée aussi assurance familiale.

Autre trouble fréquent: les marquages urinaires et souillures du matou toujours sexuellement actif et de la femelle lors de ses six périodes de chaleur annuelle, enchaîne le Dr Dehasse, vétérinaire comportementaliste. Certains marquages - particulièrement odorants! - ont une connotation sexuelle, d'autres servent aux communications sociales. Les premiers peuvent être traités par une castration, les seconds par une vaporisation de phéromones calmantes sur les surfaces de prédilection. Les agressions entre chats de la maison sont liées au caractère solitaire et territorial du chat. Lorsque les chats vivent en groupe, ils se frottent l'un contre l'autre, se marquent mutuellement en déposant leurs phéromones faciales. Parce qu'ils se reconnaissent surtout à leur odeur, ils peuvent alors vivre en meilleure harmonie... Le chat déprimé augmente les marquages faciaux, se nourrit davantage ou se met à jeûner. La dépression peut arriver au début de l'hiver et être liée à la diminution de la lumière. Pensez aux lampes halogènes!

L'agressivité et les morsures aux chevilles, le léchage frénétique d'un endroit du corps - jusqu'à perte des poils - sont liés à l'anxiété du chat d'appartement, souvent hypostimulé. Accrochez-lui des mobiles, disposez des paravents, laissez-le jouer et explorer les lieux! Ne perdez jamais de vue que dans la relation homme/chat, c'est le félin qui s'impose! L'homme n'est qu'une partie de son territoire...

(*) Intertitres: extraits d'un poème des Fleurs du Mal que Baudelaire dédia à ses propres chats.

[Page d'accueil] [Le chat dans tous ses états]